Chapitre 8

« Ceux qui oublient le passé sont condamnés à le revivre » nous dit George Santayana. « L’oubli, dit Élie Wiesel, serait une injustice absolue, au même titre qu’Auschwitz fut le crime absolu. L’oubli serait le triomphe définitif de l’ennemi : c’est que l’ennemi tue deux fois, la seconde, en essayant d’effacer les traces de ses crimes. »

La vocation de l’homme est d’aller de l’avant, et la Mémoire est au service de sa marche, de son évolution, de son élévation. Je crois très profondément que le Bien peut surgir, et doit surgir de ce gouffre d’horreur. Je voudrais tant que chacun prenne conscience qu’il n’y a rien de plus beau qu’un être humain, quel qu’il soit, où qu’il soit, de quelque culture, religion ou obédience qu’il soit, et que tout être humain a une valeur inestimable, et qu’aucune raison n’est valable et recevable pour qu’un homme porte atteinte à la vie d’un autre, ou qu’il le prive de sa liberté arbitrairement, de sa dignité, de sa liberté de conscience. Ne cessons pas de redécouvrir ce que nous savons déjà, que chacun a une valeur qui est égale en tout point à celle des autres, quelques soient nos convictions, notre foi, notre couleur de peau, notre religion, nos origines, notre culture, notre éducation...

Alors nous pouvons aller à Auschwitz pour essayer d’écouter ce que toutes ces voix qu’on a fait taire ont à nous dire aujourd’hui, nous pouvons leur rendre le droit à la parole, le droit de retrouver une identité, le droit de retrouver une place dans l’humanité. Ces êtres humains ne sont pas la partie d’un tout, ils sont chacun un être unique et irremplaçable, arraché à sa terre, à sa communauté, à sa famille, à ses biens, à son avenir, à ses projets, à ses réussites, à ses dons, à ses capacités qui sont les sienne à faire grandir l’humanité. Chacune de ses vies perdues n’a pas pu apporter au monde ce qu’elle aurait dû lui apporter, et le monde en sera à jamais frappé d’incomplétude. Nous resterons blessés de leurs blessures. Nos vies sont appauvries de l’absence de leurs vies. Le monde claudique à cause de leur disparition. La conscience de l’humanité s’est assombrie d’un coup. Alors, venons écouter ce qu’ils ont à nous dire, pour rendre leur mort moins scandaleuse et inutile, écoutons-les nous enseigner ce que nous aurions dû faire pour que tout cela ne soit pas. Semons la vie à partir de leurs vies répandues en cendres. Écoutons leurs voix nous dire de vivre pleinement, de mettre à profit le temps qui passe, d’apprécier ce qui nous est donné, de ne pas passer à côté de la vie, de ne pas gâcher nos talents, de ne pas éteindre nos intuitions, d’aller au bout de nos projets, de faire fructifier nos compétences, de faire les bons choix qui grandissent et épanouissent… d’aimer à cœur perdu !

Je vous livre, pour terminer, ce verset du prophète Osée : « Je ferai de la Vallée du Malheur la porte de l’Espérance. » Ce verset ne s’appliquait pas à ce qui s’est passé à Auschwitz, bien entendu. De plus, je l’extrais indûment de son contexte. Et pourtant, ce verset évoque clairement pour moi ce que j’ai voulu exprimer : Nous pouvons faire, et nous devrions faire, que cette “vallée de la mort” devienne porte d’Espérance si nous savons écouter ce qu’Auschwitz a à nous dire. Est-ce utopique de penser que – grâce au travail en vérité sur nous-mêmes, et puisant dans une Mémoire des faits qui n’enferme pas sur le passé, mais qui est Créatrice de Vie – nous porterons du fruit d’Humanisation, de Bien, de Lumière, de Vérité, de Justice ? C’est une tâche qui revient à toute l’humanité, à la Conscience Universelle. »

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